Entre la fin du XIXe siècle et la Première Guerre mondiale, la côte qui court de Fréjus à l’Estérel change de visage. Les pinèdes et les rochers rouges deviennent le décor d’une villégiature d’hiver recherchée par une clientèle parisienne, lyonnaise et étrangère. De cette époque restent des villas aux noms poétiques, des jardins exotiques et, à l’intérieur, un mobilier très particulier que l’on retrouve encore aujourd’hui lors des successions et des ventes de maisons de famille. Cet article vous aide à comprendre ce que contenaient ces demeures, comment reconnaître les pièces typiques et ce qui fait leur intérêt sur le marché actuel.
Saint-Raphaël et l’Estérel, naissance d’une station d’hiver
L’essor balnéaire de Saint-Raphaël est souvent associé à deux figures. L’écrivain et journaliste Alphonse Karr, installé sur place dans les années 1860, fait connaître le site auprès de ses lecteurs et de ses amis du monde des lettres. Félix Martin, ingénieur et maire de la ville, porte ensuite un véritable programme d’aménagement : promenades, lotissements, accueil des premiers grands hôtels. L’arrivée du chemin de fer sur le littoral facilite l’afflux d’une clientèle aisée qui vient passer l’hiver au soleil.
Autour de ce noyau, des quartiers résidentiels se développent. Valescure, sur les hauteurs boisées, attire une clientèle britannique et parisienne amatrice de grand air et de golf. Boulouris, le long de la corniche, aligne des villas tournées vers la mer. Plus à l’ouest, Fréjus et Saint-Aygulf connaissent aussi leurs constructions de villégiature, plus modestes mais du même esprit. Ces maisons sont souvent pensées comme des résidences secondaires : on y apporte une partie de son mobilier parisien, on en achète sur place, on meuble selon le goût éclectique de l’époque.
Un goût éclectique : le mobilier Napoléon III dans les villas
Le style dominant de ces intérieurs reste celui que l’on appelle Napoléon III, même si une bonne partie des villas a été construite sous la Troisième République. Ce goût mélange volontiers les références : un salon Louis XVI revisité, une salle à manger d’inspiration Renaissance, un fumoir orientaliste. On y retrouve des meubles en bois noirci rehaussés de filets de laiton, des petites tables en marqueterie Boulle, des chaises volantes capitonnées, des bonheurs-du-jour et des vitrines à décor de bronze doré.
Ces pièces sont souvent de fabrication parisienne, produites par les ateliers du faubourg Saint-Antoine qui travaillaient en série pour une clientèle bourgeoise. Certaines portent une estampille de maison ou une étiquette de marchand, ce qui aide à les dater. La qualité est très variable : à côté de meubles exceptionnels, on rencontre une production plus courante, honnête mais moins recherchée aujourd’hui. C’est précisément cette différence que l’œil de l’antiquaire doit établir.
Les sièges et le capitonnage
Le confort devient une valeur à part entière dans ces villas. Les fauteuils crapauds, les poufs, les causeuses et les chauffeuses à garniture capitonnée en sont l’expression. Leur valeur dépend beaucoup de l’état de la structure et de la présence éventuelle de la garniture d’origine, rare après plus d’un siècle. Une garniture refaite n’est pas un défaut en soi, mais elle doit être réalisée dans les règles de l’art, au crin et à la toile, plutôt qu’en mousse moderne.
Bambou, laques et goût pour l’Extrême-Orient
La fin du XIXe siècle est marquée par le japonisme et l’attrait pour l’Asie. Dans les villas de la Côte, ce goût se traduit par un mobilier léger en bambou, très apprécié pour les vérandas, les terrasses couvertes et les chambres d’été. Étagères, sellettes, porte-revues, petites tables à plateau laqué ou recouvert de natte : ces meubles étaient produits en France, notamment par des maisons parisiennes spécialisées, et en Angleterre.
On y croise aussi des paravents laqués, des cabinets et des coffrets importés de Chine ou du Japon, des potiches montées en lampe et des vases cloisonnés. Il faut distinguer les objets réellement asiatiques, parfois de belle facture, des productions européennes « à la manière de ». Une laque authentique montre souvent une profondeur et une finesse de décor que l’imitation peine à rendre. Pour ces pièces, un examen attentif et, si besoin, l’avis d’un spécialiste sont indispensables avant toute conclusion.
Miroirs dorés, lustres et luminaires
Les grandes pièces de réception des villas de Valescure ou de Boulouris accueillaient presque systématiquement un ou plusieurs grands miroirs. Trumeaux de cheminée, miroirs à fronton sculpté, glaces à parcloses : leur cadre en bois et stuc doré à la feuille est souvent la partie la plus fragile. L’air marin et les variations de température ont pu provoquer des soulèvements de dorure, des manques de stuc ou une oxydation du tain. Ces altérations ne condamnent pas l’objet, mais elles influent sur son prix et sur le coût d’une éventuelle restauration.
Côté éclairage, les lustres à pampilles de cristal, les suspensions en bronze doré et les appliques à bras de lumière témoignent de la transition entre le gaz et l’électricité. Certains lustres ont été électrifiés après coup, ce qui se voit à l’intérieur des bras. Les lampes à pétrole montées sur des vases en porcelaine ou en faïence sont aussi très présentes. Un lustre complet, avec ses pampilles d’origine et une monture de qualité, garde un réel intérêt pour les décorateurs.
Les objets du quotidien d’une maison de villégiature
Au-delà des grands meubles, les villas renfermaient tout un univers d’objets qui réapparaissent lors des débarras : malles de voyage gainées de toile, valises en cuir, nécessaires de toilette, services de table en porcelaine de Limoges, ménagères en métal argenté ou en argent massif portant le poinçon Minerve, pendules en marbre et bronze garnies de leurs candélabres. Les bibliothèques conservent parfois des guides de voyage, des albums de photographies et des livres reliés qui racontent la vie de la station.
On trouve également des tableaux de paysage de la Côte, réalisés par des peintres de passage ou installés dans la région, attirés par la lumière de l’Estérel et les roches de porphyre rouge. Ces œuvres ont un intérêt documentaire et parfois une vraie valeur marchande, selon l’artiste et la qualité de la toile.
- Mobilier Napoléon III en bois noirci, palissandre ou marqueterie Boulle
- Meubles de véranda en bambou et rotin
- Paravents, cabinets et objets laqués d’inspiration ou d’origine asiatique
- Miroirs et trumeaux en bois et stuc doré
- Lustres en cristal et bronze, lampes à pétrole montées
- Malles de voyage, argenterie, services de porcelaine et pendules garnitures
Ce que ce mobilier vaut aujourd’hui
Il faut être honnête : le mobilier Napoléon III courant a perdu de sa cote depuis une vingtaine d’années, comme une grande partie du mobilier ancien dit classique. Une table à jeu sans signature ou un fauteuil crapaud en état moyen se négocient aujourd’hui à des niveaux modestes. En revanche, les pièces de grande qualité, signées par des ébénistes reconnus, à décor de bronzes finement ciselés ou de marqueterie soignée, continuent d’intéresser les collectionneurs.
Les objets décoratifs, les luminaires complets, les miroirs de belle taille et le mobilier en bambou en bon état bénéficient d’une demande plus régulière, portée par les décorateurs et la clientèle qui aménage des maisons sur la Côte. Les valeurs vont ainsi de quelques dizaines d’euros pour un petit objet courant à plusieurs milliers d’euros pour une pièce d’exception. Seul un examen sur place permet de situer correctement un objet dans cette fourchette.
Un meuble de villa Belle Époque raconte souvent l’histoire d’une famille autant que celle d’un style : c’est cette double lecture qui guide une estimation juste.
Bien conserver et faire examiner un ensemble de villa
Lorsqu’une maison de famille de Saint-Raphaël, de Boulouris ou de Fréjus doit être vidée, la tentation est grande de tout regrouper rapidement. Il est préférable de ne rien jeter avant un premier tri par un professionnel : des objets d’apparence anodine, comme une boîte laquée, un lot de photographies anciennes ou une paire d’appliques, peuvent avoir plus de valeur qu’un grand buffet. Évitez aussi de nettoyer les dorures ou les bronzes avec des produits ménagers, qui abîment irrémédiablement les surfaces.
Si vous détenez du mobilier ou des objets issus d’une villa de l’Estérel, vous pouvez demander une estimation gratuite, à domicile ou à partir de photos. Pour aller plus loin, consultez nos pages consacrées à l’antiquaire à Saint-Raphaël, au rachat de miroirs anciens et au rachat de luminaires et lustres.




